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Revue de Presse
lacauselitteraire.fr : voici un ouvrage mieux que plaisant, délicieux, exceptionnel ! dit le prix Goncourt Michel Host
 La Une CED, Les Chroniques, Les Livres, Essais, Histoire
La vie ! La vie !
« Ces gens ordinaires ont fait un peuple extraordinaire »

Bernard Plessy

Dans une collection originale et rare – nous en reparlerons – voici un ouvrage mieux que plaisant, délicieux, exceptionnel ! Si l’on souhaite recevoir des images fidèles de l’homme et de la femme grecs durant l’antiquité, hommes et femmes du peuple, appartenant à la vie rurale, au monde du travail, des images aussi de la façon dont ils pensaient leur existence, de la façon dont ils se voyaient, il les offre à profusion.

La traduction (ou les traductions) de Bernard Plessy sont admirables de lisibilité par les termes choisis et le clair ordonnancement de la phrase. Le lecteur qui ne sait pas le grec ancien y trouvera un juste reflet des saveurs de cette langue si belle, avec son architecture, ses fines modulations. Peut-être prendra-t-il plaisir à la beauté de la graphie grecque, peut-être même voudra-t-il aller au-delà de cette approche… Celui qui l’aura apprise, qui l’aura plus ou moins fidèlement gardée en mémoire sera évidemment comblé.

L’épigramme est un genre bref et très particulier. En français, il penche volontiers vers l’ironie et la satire, voire le trait assassin : quel lycéen ne se souvient de celle qu’en quatre petits vers Voltaire adressa à Jean Fréron, contempteur des philosophes et de la pensée des Lumières, qu’il prétendait avoir été mordu par un serpent ! Notre auteur s’est tourné vers la source de ces épigrammes antiques : L’Anthologie grecque, dite encore Anthologie palatine : il s’agit de l’œuvre en XV Livres de plusieurs copistes de la fin du Xe siècle, eux-mêmes précédés, au début du même siècle, par le moine byzantin Constantin Céphalas. C’est Claude Saumaise (1588-1653) qui, en 1606, travaillant à Heidelberg, mit au jour cette œuvre dans la bibliothèque du comte Palatin. L’œuvre, un volumineux ensemble d’épigrammes (étym. « écrits-sur », en grec ; « inscriptions » en latin), non seulement retrouvait la lumière, mais allait se diffuser plus largement désormais.

Bernard Plessy, dans le Livre VI, a fait le choix des épigrammes révélant divers aspects de la vie « des gens de ce temps-là », « depuis les origines de la poésie grecque jusqu’à son extinction ». Il faut lire son Introduction aussi complète qu’enthousiaste ! Ces textes brefs sont des offrandes ou des remerciements adressés aux dieux ! C’est pourquoi il les nomme « ex-voto ». Ce sont les mêmes ou presque que ceux que nous trouverons, pour peu que nous les cherchions, dans nos chapelles, nos églises, nos abbatiales, aujourd’hui plus connues sous le nom de « patrimoine ». Les Grecs ont évidemment écrit des épigrammes de divers genres, notamment « chrétiennes, érotiques, funéraires, exhortatives, satiriques… ».

Ce florilège réunit les épigrammes « anathématiques », celles, donc, qui consistent en offrandes aux dieux. Il en est d’éclairantes, d’émouvantes, de surprenantes, de très belles… Un éventail. Un trésor exhumé qui nous dit la Grèce antique et ses habitants. Des gens de tous les jours, des gens de toujours. Ici, le « beau » s’unit au « bon », ils sont « inséparables », selon la pensée alors partagée : « kalos kagathos ».

Quelques exemples parmi les Quatre-vingts proposés au lecteur, les uns ayant un auteur plus ou moins célèbre, les autres, moins nombreux, anonymes :

Platon ouvre le bal, en remerciant la grenouille qui sauva un homme : « Servante des Nymphes, amie de la pluie… Elle l’avait sauvé d’une soif atroce un jour de canicule. / Il était perdu, elle lui fit trouver de l’eau, chantant au bon moment / De sa bouche amphibie au fond d’un frais vallon ».

D’un pêcheur : « Épuisé par une vie de pêche, le vieux Kinirès / A consacré aux Nymphes ces filets qui ont tant donné. Car sa main tremblante ne peut plus lancer / Leur masse enroulée pour la déployer en corolle. / L’offrande est de peu de prix, ne me le reprochez pas, Nymphes, / Car c’était là tout ce qu’avait Kinirès pour vivre.

Pêcheurs, chasseurs, oiseleurs… sont en bonne place dans ce volume. Et non moins les guerriers, tel cet émouvant Trophée d’archer : « L’arc recourbé et le carquois sans ses flèches, / Voilà les dons que Promachos suspend pour toi, Phébus : / Les flèches ailées, elles, ce sont les hommes dans la mêlée / Qui les ont dans le cœur, funestes présents faits aux ennemis ».

D’un paysan : « Des poignées d’épis de son domaine aux courts sillons / Sosiclès qui peine aux champs les dépose pour toi, Déo, reine du froment. / Il a fait bonne récolte, et voici le temps des semailles. Puisse-t-il / Rapporter à nouveau sa faucille émoussée par le moissonnage ».

Les femmes, elles aussi, marquent leur présence dans le cours des jours et de leurs travaux ; ainsi de Trois honnêtes jeunes filles : « Trois jeunes filles de même âge, aussi habiles qu’araignée / À tisser une toile impalpable, ont fait offrande à Pallas : / Démo une petite corbeille bien tressée ; Arsinoé une quenouille, / Ouvrière d’un fil le mieux filé des fils ; / Bacchylis une navette ouvragée, rossignol du tissage, / Avec laquelle à coup de battant elle démêlait les fils de trame, / Car vivre sans reproche, tel fut le choix de chacune, / Sache-le, étranger, avec pour seul gain le travail de leurs mains ».

N’entendons-nous pas les chants proches et lointains de Bacchyllis ?  N’entendons-nous pas leurs rires dans l’atelier de tissage ? Il faudrait être sourd, car l’épigramme de Philodêmos (N°47) nous le dit : « Les paroles de ceux qui sont partis traversent le temps pour ceux qui sont à venir… ». Est-il plus bel hommage et belle confiance en l’éternité de la vie ?

Un autre hommage : « Ambrosia, relevant de couches, pour en avoir évité l’âpre douleur, / A déposé à tes pieds vénérables, Ilithye, / Les bandeaux de sa chevelure et le drap dans lequel au neuvième mois / Elle a mis au monde le double fruit qui gonflait sa ceinture ».

On ira ainsi jusqu’à la dernière épigramme, qui est une « Offrande éblouissante ! » de poésie, que le lecteur découvrira.

La vie ! La vie avant tout et tant qu’elle dure, c’est là, selon notre lecture, l’essentiel de ce que porte et transporte ce mince et précieux volume. Il en est peu aujourd’hui qui, comme lui, ne font pas de la mort rien qu’un sinistre achèvement. C’est un viatique que l’on peut garder en poche, le modèle simple et fort de cette sagesse populaire grecque qui s’élargira puis s’épanouira en philosophie et en œuvres littéraires marquantes, sagesse de ceux qui honoraient plusieurs dieux, se gardant ainsi des folies imbéciles d’autres qui, plus tard, s’étriperont aimablement pour la « gloire » de leur idole unique ! Qu’on veuille pardonner cette acerbe note finale.

Michel Host

Bernard Plessy, agrégé de lettres classiques, professeur en khâgne, fut rédacteur en chef du Bulletin des lettres. Il a publié plusieurs livres, dont trois sont parus dans la collection La vie quotidienne chez Hachette. Cette même curiosité l’a poussé à rechercher dans l’Anthologie palatine les travaux et les jours du peuple grec pendant un millénaire.


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grandeur du "petit peuple" Travaux et jours dans la Grèce antique

L’essayiste Bernard Plessy publie « Travaux et jours dans la Grèce antique » (Paradigme/). L’art de l’épigramme, ou la poésie des vivants d’hier pour les amoureux des arts et lettres d’aujourd’hui.

C’est ici-même, dans les colonnes d’Atlantico, que l’académicien et historien de la littérature Marc Fumaroli (1932-2020), s’opposa à ce qu'il nommait le «divertissement industriel ». « La France culturelle, pourtant riche en talents, est poussive, du fait de la conception inflationniste qu’elle s’est faite de la culture. Je ne vois pas pour demain un courage, un éveil, un élan qui changent la donne. » (Marc Fumaroli/Atlantico/ 2011). Forte tête, l’occupant du fauteuil 6, quai de Conti, s’était valu l’opprobre des féministes en s’opposant dès 1998 à  la féminisation des noms de métiers. Dans « La Querelle des Anciens et des Modernes » précédé de son essai : « Les abeilles et les araignées » (Gallimard/Folio2001), Marc Fumaroli prône un retour aux sources –antiques afin de s’opposer aux « acharnés du présent ». Un présent sans passé, sans histoire, sans chronologie : un présent dénué de sens, donc barbare. « La bêtise au front de taureau », dirait Baudelaire. Cette sous- culture règne aujourd’hui, forgée par  l’absence de pensée de ceux qui, au contraire de  Roland Barthes hier- (« La Grèce  c’est une langue et une culture très familières à tout intellectuel français formé avant la Seconde Guerre Mondiale »), ou du politologue Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale (« L'antiquité grecque »/ livre –audio/ Frémeaux & Associés) voudraient voir disparaître le grec des enseignements contemporains. 

« Le grec ancien  me semble moins une langue morte qu’une langue endormie », déclara récemment dans Atlantico Nicolas Waquet, le nouveau traducteur d’Aristote (L’amitié/Aristote/Editions Rivages/août 2020). Pour finir de rassurer les hellénistes, hellénisants et autres  amoureux  de l’Antiquité, paraît ces jours-ci un essai manifestant une passion futée pour cette littérature : « Travaux et jours dans la Grèce antique » (éditions Paradigme) de l’écrivain Bernard Plessy (à gauche le texte en grec ancien, à droite, sa traduction). Quatre-vingts inscriptions  (« epigramma ») extraites de l’« Anthologie grecque »/ 13 tomes dans l’édition Jérôme Budé (« anthologie », en grec, se dit« guirlande »). L’épigramme  est souvent une inscription sur une statue, un monument, un tombeau. Un genre littéraire ultra-court : tout doit être dit en quelques mots. Une sorte de tweet antique. La « parole ailée ». Un condensé de pensée. Il existe toutes sortes d’épigrammes : descriptives, votives, amoureuses, morales, funéraires, satiriques, énigmatiques, etc. Les premières épigrammes connues sont celles du poète  grec Archiloque. « Cœur, mon cœur, confondu de peines sans remèdes, reprends-toi. Résiste à tes ennemis : oppose-leur une poitrine contraire. Ne bronche pas au piège des méchants. Vainqueur, n'exulte pas avec éclat  ». Dans sa leçon inaugurale  au Collège de France (« La littérature pour quoi faire »du 30 Novembre 2006), Antoine Compagnon évoqua d’ailleurs Archiloque ( 740-685 av. J.-C.).

Bernard Plessy quant à lui  a choisi de piocher dans l’Anthologie Grecque/Palatine les épigrammes qu’il préfère : des ex-voto. L’hommage des humbles aux figures de la divinité. Un échange symbolique  circule en cette épigraphie  particulière : le donateur, l’offrande et cette divinité qu’il s’agit d’amadouer, de louer, à laquelle il faut offrir cette action de grâce pour un bienfait précis. 

« La mer, la terre, les guerre, la campagne et les cités » d’un peuple qui rend grâce aux dieux. Tels sont les personnages et le décor de ce recueil d’épigrammes traduites par Bernard Plessy  (agrégé de lettres classiques, ex patron du « Bulletin des Lettres »). La présentation–éclairante- de l’auteur nous permet d’entrer derechef dans les subtilités du texte. Exemple.  «Thalassa ! Thalassa ! Le grec revit quand il retrouve la mer ! Voici ses hommes : pêcheurs de rivage, marins-pêcheurs, capitaines. (…) Ainsi le marinier souvent, pour tout trésor, rapporte des harengs au lieu des lingots d’or ». L’épigramme votive met en forme la supplique du paysan à l’adresse de la divinité qui peut changer son destin : « Je suis le vieil Euphron, mon lopin n’a pas grand nombre de sillons, 

Les grappes de ma vigne ne donnent pas quantité de vin,

Vraiment c’est un maigre sol qu’égratigne ma charrue

Et chiche est la soupe de ma vendange,

Si elle n’était de maigres biens, maigre serait l’offrande ; mais si tu m’accordes

Davantage, déesse, autrement abondantes seront mes prémices ( texte grec p.54, traduction p.55). Grâce à Bernard Plessy, la « guirlande » scintille. On n’a jamais vu d’aussi près et si bien compris l’art de l’épigramme : parmi tant de prières, surgit une leçon –limpide- d’amour et de beauté. Oui les gens du petit peuple sont bien là, l’épigramme est leur blason. Ils portent des armes, quand il le faut, arc ou lance, casque et bouclier. Ils ont des outils de paix, -rustiques, soc et joug aux champs, pressoir et pelle à vanner à la ferme. (…) Anonymes ? Ils ont un nom que le vers met en valeur et c’est celui de leur père. Petits ? Ils ont leur secrète grandeur. Humbles, mais fiers.(…) Si l’on sait entrer dans la confidence des ces épigrammes, dit et non-dit, entendu et sous-entendu, on comprend que ces gens ordinaires ont  fait un peuple extraordinaire », conclut Bernard Plessy

Plaisir de lecture garanti. Barthes, sans doute, aurait aimé, lui qui chérissait les splendeurs du Haiku.Réunies ici, donc, pour notre plaisir et en VO, quatre-vingts inscriptions, ou l’art et la manière de rendre grâce pour  le travail accompli et les bienfaits obtenus. Etre encore et toujours en vie, par exemple, et savoir ses proches vivants, eux aussi. Une poétique  spirituelle comme née d’hier. « Le secret grec ? Le beau est inséparable du bon », chuchote Bernard Plessy.Nous sommes sous le charme. Un secret à méditer cet été. Et après.

« Travaux et jours dans la Grèce antique » par Bernard Plessy( Paradigme/Corsaire) 4 euros et 99 cents.

« Anthologie grecque/Anthologie Palatine »/Livre VI Volume 3 ( épigrammes 1-358) Pierre Waltz  


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Collection Passerelles en poésie : La poésie espagnole aux éditions Paradigme

Collection Passerelles en poésie :

Basilio BELLIARD (1966) République Dominicaine, Sueños isleños / Rêves insulaires. Présentation : Rafael Courtoisie et Catherine Pélage. Traduction de l’espagnol : Catherine Pélage et Françoise Morcillo.

JEANNE MARIE Espagne, Anthologie Los caminos del alma, memoria viva de los poetas del 27 / Les chemins de l’âme, mémoire vive des poètes de la Génération de 27. Présentation : Françoise Morcillo et Juan Manuel Bonet. Traduction de l’espagnol : Jeanne Marie.
Pour la première fois, dix-sept poètes sont réunis dans une anthologie : Pedro Salinas, Jorge Guillén, José Bergamín, Gerardo Diego, Federico García Lorca, Juan José Domenchina, Vicente Aleixandre, Concha Méndez, Rosa Chacel, Dámaso Alonso, Emilio Prados, Luis Cernuda, Rafael Alberti, Manuel Altolaguirre, Ernestina de Champourcín, Carmen Conde, Josefina de la Torre.

Jaime SILES (1951) Espagne, Actos de habla / Actes de parole. Présentation : Françoise Morcillo. Traduction de l’espagnol : Henry Gil.

Guillermo CARNERO (1947) Espagne, Guillermo Carnero et la France, un dialogue des cultures. Présentation : Guillermo Carnero et Catherine Guillaume. Traduction de l'espagnol : Catherine Guillaume.


Côtes d'Armor Magazine : PAROLES ET IMAGES SUR LE COMMENCEMENT

Côte d'Armor


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http://www.lacauselitteraire.fr/ Un vagabond céleste
Un vagabond céleste

Yves Avril et David Crystal, dans leur préface, évoquent la vie et l’œuvre de John Bradburne, né dans le Cumberland en 1921, dont l’existence est à la fois emplie de fracas, de travaux rudes et disqualifiés, de lumière et de talent – « administrateur, infirmier, conseiller, animateur spirituel, chef de chorale, croque-mort » et d’écriture de « plus de 4000 poèmes (…) plusieurs d’entre eux (…) longs de plusieurs milliers de vers ». L’on apprend qu’à la manière d’un apôtre, John Bradburne se dévoue à assister les lépreux en Rhodésie, jusqu’à son assassinat en 1979. La traduction est assurée par David Rance qui intitule ce corpus de poèmes Étrange vagabond qui ne sait pas quoi chercher, titre qui n’est pas sans rappeler Kerouac (1922-1969) et sa quête spirituelle de « clochard céleste ».

Le premier poème en quelque sorte, oculaire, décrit le mouvement, le bruit de la rue d’un « bazar indien ». La tragédie de la deuxième guerre mondiale n’a pas épargné le poète, qui peut sans doute se ressourcer en Inde, en 1945. Sa langue est syncopée, comme suivant le rythme d’une scène en marche dans un paysage donné, avec ce que ce paysage englobe comme sonorité et couleur. Par ailleurs, John Bradburne est inspiré par le modèle de François d’Assise (Bradburne recevra l’habit franciscain en 1977). François d’Assise, fondateur d’un ordre mendiant, n’est pas un intellectuel, mais Bradburne en fait l’éloge, le qualifiant de « brillant maître ménestrel », de « troubadour » et de « doux bouffon du Roi». Outre la foi personnelle du poète anglais, la nature jaillit omniprésente, les saisons, les bêtes et leur allégresse. L’on retrouve les accents lyriques de la poésie anglaise, contemplative, nostalgique, dont celle de William Blake, inspirée de « visions bibliques à caractère prophétique », par exemple dans sa lettre à Thomas Butts, datée du 25 avril 1803, où Blake écrit : « Je peux seul continuer mes études visionnaires à Londres sans être ennuyé ; je puis ainsi converser avec mes amis dans l’éternité, avoir des visions, rêver de prémonitions et de prophéties et déclamer des paraboles librement sans être assailli par les doutes d’autres mortels ».

Les inflexions de Bradburne contrastent avec le cœur de l’homme, l’esprit parfois accablé par les malheurs et le spectacle des vicissitudes du monde. Cependant, que l’on se morfonde ou se réjouisse, la nature poursuit son cours, fidèle à elle-même, comme les abeilles, que l’auteur chérit, qui bourdonnent sans discontinuer pour offrir un miel apaisant. Il y a du vitalisme dans la croyance de Bradburne, une communion avec tout ce qui s’agite et existe. La transe, d’ailleurs inscrite « joyeuse transe », accompagne la versification de ce phrasé, ainsi qu’une gloire à la beauté. L’ode à Saint Joan of Arc – sacrifiée par les Anglais – est étonnante, et l’on ne peut s’empêcher de penser au livret de Jeanne au bûcher composé pour l’oratorio d’Honegger. John Bradburne notifie la musique céleste des voix de Catherine et de Michel, louange la terre lorraine de la « belle et douce France ». L’on peut également trouver des modulations hugoliennes face au dénuement (extrême) et à la solitude de ce « poète-moine », dans le poème dédié « à un juif errant ». Notons encore :

Cette force fait suite au très profond ennui,

Elle monte gaîment dans un air gracieux ;

Et promptement s’élève et engloutit la nuit

De la tristesse noire, comme l’aube d’un mieux.

Ici, « la joie, cet aigle noir » arraisonne l’angoisse de l’écrivain, ayant choisi la voie particulièrement difficile du dénuement – à ce propos, l’on peut voir deux photographies du poète, souriant, au regard intense, près des lépreux.

Un tourbillon de strophes, de rimes, d’images intérieures, astrales, mystiques, d’interrogations sur la mort et sur l’après possible, après « la dissolution » des corps, agite l’écriture. Peut-être pouvons-nous nommer cela une poésie de la giration ? Une dévotion humaniste amène Bradburne à côtoyer les lépreux, à les aimer, au sein d’un pays déchiré, colonisé – l’actuel Zimbabwe, indépendant depuis 1980.

Ce peuple, ce clan exotique en somme

De lépreux en vaste déploiement

(…)

Un peuple né pour être consumé

Et jusqu’à l’éternité, à jamais.

Ainsi, les poèmes du début ressemblent à des madrigaux et ceux des années 1970 sont marqués par le contexte historique, sous l’égide d’un vagabondage spirituel, d’une volonté de se débarrasser du matérialisme. D’autres, plus prosaïques, relèvent de la comptine, voire de la boutade. La vision mariale éclaire le recueil, à l’instar des apparitions fantastiques, surréelles chez un fils de pasteur anglican converti au catholicisme, lequel se questionne sur le libre-arbitre, la théologie et le sens du divin. Des souvenirs d’enfance, de l’Angleterre, d’un certain bonheur familial sont présents dans les textes, la saveur d’une émotion fugace mêlée à d’intimes interrogations plus complexes et à des tableaux plus sombres de la maladie. Des jeux de mots énigmatiques donnent de l’épaisseur à certains couplets. Des voix multiples se fondent dans celle du poète, habité d’un grand élan universel de fraternité. Pour paraphraser une nouvelle fois Blake, tout est signe, ce n’est que le hasard de leur transcription qui fait sens…

Yasmina Mahdi

David Crystal, né en Irlande du Nord. Professeur émérite de linguistique à l’université de Bangor (pays de Galles). Traducteur de l’œuvre de John Bradburne.

Didier Rance, historien, byzantiniste. Biographe de John Bradburne. A reçu en 2013 le grand prix de l’Association des écrivains catholiques.


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La Cause Littéraire : Ma muse n’est pas à vendre, Ivan Kouratov
Ma muse n’est pas à vendre, Ivan Kouratov (par Yasmina Mahdi)

Poésie authigène

Ma muse n’est pas à vendre est le titre de l’édition bilingue du chantre de la poésie komie, Ivan Kouratov (1834-1875), en-tête qui indique la volonté de probité du poète. Sébastien Cagnoli, dans sa préface, dresse un portrait rapide et concis de l’histoire du peuple komi ou zyriène, et de ses traditions orales et littéraires. Nous apprenons que la poésie est célébrée en tous lieux, voire « en plein centre commercial, le dimanche » (ce qui n’est, hélas, guère le cas en France !).

Yves Avril, le traducteur, nous renseigne sur le poète ainsi que sur la création « d’une langue littéraire (…) des peuples mal connus ou enfouis dans de puissants ensembles plus ou moins assimilateurs ».

Le premier poème commence par une ode au peuple et à la langue komis – un sonnet d’amour et d’espoir. L’eau, la barque présagent sans doute des péripéties terrestres, et le sapin figé profondément dans le sol, de la pérennité ou du destin. La forme octosyllabique revient souvent, mais les rimes sont irrégulières, il ne s’y trouve pas le même nombre de pieds ; certains vers sont élaborés en rimes croisées, qui alternent. Le sens est parfois prédicatif :

Ils seront bien surpris,

les gens de grande science,

quand le chant des Komis

au loin verra sa renaissance.

Ailleurs, le ton est celui de la mise en garde de la jeune paysanne à l’encontre du citadin (russe) :

Tu gamines, petit monsieur, tu gamines !

Va-t’en toi et tes belles paroles…

Que ferai-je là-bas, à la ville,

Pourquoi irai-je dans tes salles brillantes

Me dandiner et faire la mijaurée ?

Ne me siéraient tes crinolines

Sur tes planchers polis je glisserais

Tes boutons d’argent m’aveugleraient (…)

La forme exclamative est employée en un avertissement, une auto-défense, un souci de protection.

Ivan Kouratov confie à ses cahiers de Gougov, en 1865, ses déceptions, usant de la même strophe tel un lamento. À l’instar de la poésie classique, la peine, le chagrin, la déploration, l’anxiété et l’endolorissement s’accordent, se déclament de façon elliptique, pudique, s’apparentant à un ensemble de rites et de croyances particuliers. Des images traditionnelles des pays de l’Est affleurent à travers le poème Un bal en pays komi, poème-tableau enlevé, dense. Des scènes de bal, de fêtes y sont décrites, transposition de l’allégresse chère à Sergueï Paradjanov, procédé déployé par le poète au milieu de jeunes filles richement parées tançant les beaux garçons endimanchés, thèmes dont Kouratov tire profit pour créer une grammaire, une galaxie. Les occurrences extrêmes s’entrechoquent : vieillard/jeune hommebourg/ville, s’enliser/ramerbel l’ange très bon/le diable laid, affamé/dévore,terre/cielbienheureux/damnésous le soleil/les assauts de la grêle, etc., – métonymie de la chape de plomb du joug russe, des sermons et menaces chrétiens du fatalisme et de la soumission face à l’esprit bon vivant, confiant et fraternel du peuple komi. Ainsi, la ville de Oust-Syssolsk se transforme en une espèce de Babylone, envahie de cabarets, d’ivrognerie et d’indécence.

Une atmosphère de conte, d’enchantement, dépasse le désespoir du poète à la sensibilité finno-ougrienne. L’anaphore du voir, de la vision, scande, en une belle litanie, le poème Voici revenus en mon âme les ténèbres… Le thème de l’affliction convoque vampires et morts-vivants :

L’homme, il faut le dire,

Peut boire le sang de l’homme

(…)

Que comme jus de fraise coulât

À volonté le sang komi ! […]

D’énigmatiques voix d’adresse se lisent entre des petits récits intimes très simples : la voix d’avant le langage, la voix-parole et la voix d’après le langage (…) la voix porte, de par ses qualités intrinsèques, des signifiés de mots ou d’autres séquences discursives : elle évoque en plus une beauté certaine, là où la concordance de la voix et de l’ouïe est euphonique, symphonique, selon Herman Parret. Ainsi, la voix serait à la fois sémantisée et esthétisée (Parret). La démarche d’Ivan Kouratov englobe autant le classicisme que la brièveté du haïku, forge une poésie sonore dans laquelle les éléments de la nature, le vent, la boue, l’eau, les astres, les animaux, se manifestent et viennent cogner aux portes, aux murs, accompagnés de forces chtoniennes, au sein d’un monde animiste, bucolique, ce qui lui confère son caractère authigène. À la manière des Amérindiens, les individus sont investis de force animale, affublés de surnoms d’animaux divers, s’incarnant dans le Lièvre, l’Ourson, le Chat, le Renard, le Gardon, la chouette, etc., faune caractérisée par des épithètes, rassemblée en une sorte de collecte de « types locaux », construisant une épiphanie komie, rurale, fragile. Ivan Kouratov relate à mots couverts la barbarie commise à l’encontre de la terre komie :

La terre komie a été si malheureuse en ces jours.

Ainsi est tombé un peuple, riche, fort et grand !

Ce n’est pas encore la fin ! Quand viendra-t-elle ?

Ont-ils cessé de venir, les seigneurs ?

Le tsar de Moscou ou le Tatar

De Saraï. Cela, je ne le sais.

La mélancolie et la schize identitaire martyrisent le poète – la conversion au christianisme orthodoxe :

Étienne

en venant a passé un nouveau lacet au cou des Komis.

As-tu enfin compris ?

Jean de La Fontaine surgit des forêts épaisses de cette région ancrée au pied de l’Oural, et le merveilleux avoisine la douleur physique et la peur de mourir à travers ces sagas du grand Nord. Un cri de colère, joint aux larmes, se mêle aux oraisons funèbres des étranges textes du Requiem des anciens Komis, du Monologue de Pama et du chant de Iag mort :

Les premiers habitants du pays

Fuyaient les peuples du mal.

Ils fuyaient en pleurant

Vers le sud, s’installant

Au bord d’autres rivières,

Comme nous, en des pays sans larmes.

La complainte rappelle l’exode meurtrier de la piste des Larmes Cherokee. Mais le dieu-ogre n’a pas dit son dernier mot et il se revivifie en mordant la chair des oublieux… Au terme de son existence, Ivan Kouratov, atteint de cécité, rend malgré tout la lumière et la beauté à la poésie komie :

Et je voyais le ciel en sa voûte grise

Se remplir de ces oiseaux noirs

(…)

Nous préférions l’espace de la lumière

Avec les aigles, avec les colombes,

Nous volons, pour nous point de tombe…

Yasmina Mahdi

Yves Avril, agrégé de grammaire. Professeur de lettres classiques. Études à l’Institut national des langues orientales : Finnois (1955-1962), Estonien, Oudmourte, Komi, Letton (1995-1994). Études de Russe à l’Université Laval, Québec.

Sébastien Cagnoli (Nice, 1976), centralien de formation, traducteur, chercheur indépendant, a étudié les sociétés et les littératures finno-ougriennes.


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La télévision komie (ou plutôt, le décrochage régional sur la première chaîne de Russie)
13 minutes après le début du JT komi

 


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Catherine PELAGE en République Dominicaine
 

 

 


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Jeanne d'Arc à la Médiathèque

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Hope Christiansen, University of Arkansas : Gastronomie et Littérature au XIXe siècle

Christiansen on Becker (2017) and on Briffault, trans. Weintraub Published on NCFS (http://www.ncfs-journal.org)
Christiansen on Becker (2017) and on Briffault, trans. Weintraub (2018)
Becker, Karin. Gastronomie et littérature en France au XIXe siècle. Paradigme, 2017, pp. 186, ISBN 978-2-86878-031-7
Briffault, Eugène. Paris à table 1846. Translated and edited by J. Weintraub. Oxford UP, 2018, pp. lix + 211, ISBN
978-0-19-084203-1
Hope Christiansen, University of Arkansas
Becker’s book, which explores the dynamic between le discours gastronomique and its adaptation by the major novelists of the nineteenth century, brings together a series of essays published since 2003 (most of which first appeared in Becker’s thèse d’habilitation allemande), including the introduction, which is a translation of an article previously published in German. By adopting a sociohistorical approach, Becker claims to set herself apart from most scholars who look at the intersection of food and literature through the lenses of psychology, semiotics, and esthetics (10). Her corpus is immense: eleven Balzac works, four by Flaubert, eight Zola texts, eight by Maupassant, as well as Hugo’s Les Misérables and Baudelaire’s La Fanfarlo.
Of the five chapters, those treating table manners, le mangeur et son corps, and the relationship between la gourmandise and eroticism are the richest. To wit: when workers and peasants had trouble with appetite control, it was considered an expression of their enthusiasm and their praise for the quality of the meal, but when bourgeois had the same problem, etiquette required them to maintain “un équilibre subtil entre la démonstration de l’appétit d’une part et le contrôle du désir spontané d’autre part” (103–04). An embonpoint was viewed by bourgeois society as a sign of fortune and social success; it was only toward the end of the century that the public became aware of the dangers of obesity. The term gourmand was somewhat slippery, referring at once to a cultivated individual well-versed in the culinary arts and to “l’ogre ordinaire qui dévore sans différence”
(135). La société gourmande and le discours gastronomique were for the most part androcentric and misogynous (140).Women eat delicately in Realist and Naturalist fiction, “croqu[ant],” “grignot[ant],” and “suç[ant]” (141), and prefer sweets, fruits, salads, and vegetables (men interested in the latter supposedly had questionable virility [142]). Chocolate was considered sensual, even erotic, in contrast to coffee, coded as intellectual (149). Sugar was a multi-tasker, serving as a means of seduction, consolation, and fortification (for women, that is; men energized themselves with meat [155]).
Becker concludes that the novelists’ engagement with gastronomical discourse alternates between “la valorisation des facteurs matériels” and “la dénonciation de leurs effets dévastateurs sur l’âme et le corps de l’individu” (176). More important, literature is not just a response to socio-historical reality, but also, thanks to the novelists’ practice of inserting themselves into gastronomical discussions, an attempt to influence that reality. “Le roman constitue donc bel et bien un enrichissement de la littérature gourmande au sens strict du terme,” Becker says, to the point that les belles-lettres and la littérature gastronomique cannot be disentangled (175).
Becker’s analysis tends to follow a pattern: an observation followed by a series of specific examples (typically in the form ofquotes) in close succession, drawn from her corpus. There is some repetition early on, and some overlap between chapters (on the subject of sugar, for instance). The section on Baudelaire seems a bit “tacked on,” perhaps because he is the only poet in the group. Certain observations are rather prosaic: it is probably not necessary to state that table manners deteriorated as alcohol flowed (106), or that the subjects of religion and politics were to be avoided during dinner conversations (118–19).
There is a bibliography, but Becker does not often avail herself of sources other than the primary texts, and sometimes lapses into speculation, often of a psychoanalytic nature: Balzac’s gluttony was the result of his not having been breastfed by hismother (“C’est probablement dans cette frustration, ressentie comme un rejet de sa personne, que réside la raison profonde dela gloutonnerie périodique de l’auteur, par laquelle il cherche à compenser, d’un seul coup, ses besoins refoulés, dans un acte autoérotique et destructeur” [130]); Maupassant was proud of his flat stomach, and his indifference about eating well was because he was “un homme à femmes, un ‘génital,’ pour qui la gourmandise n’est qu’une jouissance secondaire” (133). A minor, but revealing, slip-up: Becker confuses the names of the Lantiers in L’Assommoir, referring first to “la gourmandise d’Étienne Lantier” (134), then to the diet Étienne Lantier went on, “tout comme Zola lui-même” (138). Obviously, she means Auguste, Étienne’s father. In short, as serious a work of criticism as it is, Becker’s book strains to go beyond a doctoral thesis, but does not always quite get there. This does not mean that it is not an enjoyable read; dix-neuviémistes and non-specialists alike will welcome the opportunity to revisit familiar scenes (Gervaise’s birthday dinner, the Bovarys’ wedding feast, etc.) and to discover others in works they have not (yet) read.
Both kinds of readers will appreciate Becker’s study more when read in tandem with the first complete English translation of
Eugène Briffault’s Paris à table 1846. As an editor, journalist, theater critic, man of letters, and celebrated bon vivant (xv),
Nineteenth-Century French Studies (ISSN 0146-7891)
 


GASTRONOMIE ET LITTÉRATURE EN FRANCE AU XIXe SIÈCLE - Karin BECKER GASTRONOMIE ET LITTÉRATURE EN FRANCE AU XIXe SIÈCLE - Karin BECKER
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Becker Karin
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Studi francesi : Karin Becker, Gastronomie et littérature en France au XIXe siècle

Karin Becker, Gastronomie et littérature en France au XIXe siècle, Orléans, Éditions Paradigme, 2017,192 pp.
Karin Becker rassemble dans ce volume des articles parus de 2003 à 2011, pour certains déjà présents dans sa thèse d’habilitation sur la gastronomie dans la littérature française du xix e siècle (Der Gourmand, der Bourgeois und der Romancier. Die französische Esskultur in Literatur und Gesellschaft des bürgerlichen Zeitalters, Francfort, Klostermann, 2000, « Analecta Romanica »). Organisé, outre introduction et conclusion, en cinq chapitres («L’art culinaire vu par les romanciers», «Aspects sociaux et moraux de l’alimentation», «Les manières de table: l’homme sans contrainte», «Le mangeur et son corps», «La gourmandise et l’érotisme»), le livre étudie le lien entre les romanciers et le développement des arts de la table avec subtilité. Les frontières sont parfois floues entre les auteurs de guides gastronomiques et de fictions littéraires, les écrivains, eux-mêmes souvent gourmands, n’hésitant pas à sauter le pas en se lançant comme Dumas dans un Dictionnaire de cuisine. Mais, même si les romans pratiquent l’effet de réel, ils sont des miroirs déformants du quotidien, chaque créateur donnant sa propre vision, orientée positivement ou négativement selon ses intentions. Ainsi Balzac et Maupassant se plaisent-ils à souligner le fossé entre cuisine des restaurants parisiens et des demeures privées provinciales, à scruter les rites du service de table, mais aussi à critiquer les idéaux du temps sur l’étiquette et les manières, les préjugés concernant la sveltesse féminine ou les risques de l’obésité et de l’addiction. Parodie et ironie s’introduisent subrepticement dans ce que les traités culinaires présentent plutôt avec emphase, rétablissant ainsi l’écart entre littérature et documentation. [lise sabourin]


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La collection Passerelles en poésie présentée à la Librairie nouvelle à Orléans

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Samedi 22 décembre 2018 sur www.idfm98.fr

"Les mots, des livres !" Idfm radio Enghien
Le samedi en direct de 16h à 18h
www.idfm98.fr

Samedi 22 décembre, Laurence Ducournau présentera « L’Art poétique de François Villon Effet de Réel de Nancy Regalado.

 


L’ART POÉTIQUE DE FRANÇOIS VILLON, EFFET DE RÉEL - Nancy FREEMAN REGALADO L’ART POÉTIQUE DE FRANÇOIS VILLON, EFFET DE RÉEL - Nancy FREEMAN REGALADO
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Mardi 27 novembre à 20h30 Les mardis littéraires de Jean-loup 75020
Armel Louis, libraire et éditeur à la Librairie La Lucarne des Ecrivains.
Mardi 27 novembre à 20h30 Les mardis littéraires de Jean-loup
 
"Poésie la Génération de Federico Garcia Lorca & les poètes de la Guerre Civile d’Espagne"
Avec Jeanne Marie, traducrtrice : anthologie bilingue Los caminos del alma/Les Chemins de l’âme, Nicole Laurent-Catrice  poétesse : Miguel Hernandez Chansons et refrains d’absence » , Francis Combes poète : anthologie bilingue Le Romancero de la Guerre d’Espagne.   entrée libre

Los caminos del alma / Les Chemins de l’âme - Jeanne Marie Los caminos del alma / Les Chemins de l’âme - Jeanne Marie
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Fabula, la recherche en littérature

Référence bibliographique : Nancy Freeman Regalado, L'Art poétique de François Villon. Effet de réel, Préface de Michel Zink de l'Académie française, Orléans, Paradigme, 2018, 224 p.

L’effet de réel est la marque de l’œuvre de François Villon, son secret poétique.

Les articles réunis dans cet ouvrage invitent le lecteur à voir l’effet de réel à l’œuvre dans les poèmes et à se demander comment l’art de Villon nous fait croire à son personnage et au monde qu’il représente.

Professeure à New York University, spécialiste de la littérature personnelle du Moyen Âge, l’auteure Nancy Freeman Regalado rassemble ici l’essentiel de ses travaux pour proposer un regard original et novateur sur le plus célèbre poète du Moyen Âge.

 

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Rassegna bibliografica : Le Jeu d’Adam

Nuova edizione con traduzione in francese moderno a fronte di quella che è tra le più antiche opere teatrali della tradizione europea. L’editore affronta nell’introduzione vari punti critici, fra i quali i più rilevanti per la conoscenza e l’interpretazione del Jeu sono la sua appartenenza al repertorio di una chiesa cattedrale o di un capitolo, la spiegazione delle irregolarità metriche come frutto dell’interventismo degli attori, la precedenza rispetto ai responsori latini (ai quali è dedicata una breve trattazione specifica) del testo volgare, che non deve quindi essere considerato una farcitura dei primi. Il libro comprende anche un’analisi linguistica del Jeu, che le ultime edizioni hanno in genere a torto trascurato (proprio da un adeguato studio linguistico possono venire delle buone indicazioni sull’origine del

testo): si tratta di uno scrutinio delle forme rilevanti del Jeu, attento – anche se un po’ rigidamente attestato sulle conclusioni della manualistica, ancorché buona (Fouché, Ménard, Pope, Short, G. Zink), senza un confronto con gli studi precedenti e con scarsa considerazione degli aspetti scriptologici – e che conduce a una localizzazione nel territorio del cosiddetto Grand-Ouest (dalla Normandia al Poitou), dunque in quello che fu lo «spazio plantageneto», importante come sappiamo per le sorti della cultura e della letteratura medievali, non soltanto francesi.

[walter meliga]


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Rassegna bibliografica : Gastronomie et littérature en France au XIXe siècle

Karin Becker, Gastronomie et littérature en France au XIXe siècle, Orléans, Éditions Paradigme, 2017,192 pp.

Karin Becker rassemble dans ce volume des articles  parus de 2003 à 2011, pour certains déjà présents dans sa thèse d’habilitation sur la gastronomie dans la littératurefrançaise du XIXe siècle (Der Gourmand, der Bourgeois und der Romancier. Die französische Esskultur in Literatur und Gesellschaft des bürgerlichen Zeitalters, Francfort, Klostermann, 2000, « Analecta Romanica »). Organisé, outre introduction et conclusion, en cinq  chapitres (« L’art culinaire vu par les romanciers », « Aspects sociaux et moraux de l’alimentation », « Les manières de table: l’homme sans contrainte », « Le mangeur et son corps », « La gourmandise et l’érotisme »), le livre étudie le lien entre les romanciers et le développement des arts de la table avec subtilité.

Les frontières sont parfois floues entre les auteurs de guides gastronomiques et de fictions littéraires, les écrivains, eux-mêmes souvent gourmands, n’hésitant pas à sauter le pas en se lançant comme Dumas dans un Dictionnaire de cuisine. Mais, même si les romans pratiquent l’effet de réel, ils sont des miroirs déformants du quotidien, chaque créateur donnant sa propre vision, orientée positivement ou négativement selon ses intentions. Ainsi Balzac et Maupassant se plaisent-ils à souligner le fossé entre cuisine des restaurants parisiens et des demeures privées provinciales, à scruter les rites du service de table, mais aussi à critiquer les idéaux du temps sur l’étiquette et les manières, les préjugés concernant la sveltesse féminine ou les risques de l’obésité et de l’addiction. Parodie et ironie s’introduisent subrepticement dans ce que les traités culinaires présentent plutôt avec emphase, rétablissant ainsi l’écart entre littérature et documentation. [lise sabourin]


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Becker Karin
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Le comte de Sanois 1723-1799 André Caroff et Hélène-Claire Richard

... https://www.gregoiredetours.fr/epoque-moderne/lumieres/andre-caroff-et-helene-claire-richard-le-comte-de-sanois-1723-1799/

André Caroff et Hélène-Claire Richard, sur le comte de Sanois, nous en apprenne bien plus et avec des qualités toutes autres dans le contenu dans leur ouvrage sous-titré Une vie bouleversée par l’affaire de la lettre de cachet. Jean François Joseph Geffrard de la Motte voit le jour en 1723  près de Vitré en Bretagne, et perd son père alors qu’il a l’âge de treize ans. Toutefois c’est dans la famille de petite noblesse de son oncle qu’il a passé toute son enfance.  Après des études au collège de Vitré, Jean François Joseph Geffrard entre en 1745 dans le corps des Gardes françaises. Il combat durant la Guerre de Sept ans, celle qui se termine en donnant naissance aux expressions "travailler pour le roi de Prusse" et "bête comme la paix".  

En 1761 il se marie avec Anne Marie Louise Rulault une fille d’une famille qui possède le château de Sanois (près de Lagny, aujourd’hui en Seine-et-Marne) et c’est sous le nom de Comte de Sanois qu’il va entrer dans l’Histoire. Un titre qu’il porte après la mort de ses beaux-parents. En 1781, il achète à Paul Charles Cardin le Bret, greffier en chef au Parlement, la seigneurie de Pantin pour près de 190 000 livres. Pendant l'hiver très rigoureux de 1784, il apporte des secours aux Pantinois.

Au début du printemps 1785 il fuit à Lausanne par crainte de ses créanciers. À partir de là ses ennuis commencent, ils sont dus non avec un conflit avec ses créanciers mais avec sa femme. En effet une lettre de cachet est délivrée contre lui et c’est l’inspecteur Desbrugnières qui lui court après ; ce dernier était allé auparavant chercher Mirabeau et sa maîtresse en Hollande (Mirabeau est d’ailleurs parent de l’épouse du comte de Sanois).

Alors que l’on s’attendrait à le retrouver à la Bastille, en compagnie d’Hubert de Solages, il est enfermé à l’asile de fous de Charenton. À partir de là sa situation va donner lieu à débat dans la société cultivé de l’époque et les lettres de cachet abusives deviennent prétexte pour dénoncer le despotisme royal dans ces années qui précèdent de peu la Prise de la Bastille. On abolit les lettres de cachet par un décret en date des 16-26 mars 1790 pris par la Constituante.

Notre personnage va vivre encore plusieurs moments dramatiques jusqu’à son décès en février 1799 dans son logement de la rue Taranne à Paris, aujourd’hui cette voie a été rattachée au boulevard Saint-Germain. Les auteurs nous content également les destinées de l’épouse, de la fille et des petits-enfants du comte de Sanois et même évoquent un neveu et un petit-neveu ; ce dernier sert dans l’armée prussienne durant les guerres napoléoniennes et meurt devant Strasbourg le 28 juin 1815.

Penser que ce récit ne peut intéresser que des habitants (passés ou présents) de Pantin serait une lourde erreur, en effet c’est en particulier toute agitation prérévolutionnaire  que l’on nous faite connaître et ceci éclaire bien certains aspects du règne de Louis XVI. Par ailleurs on perçoit combien le conflit avec l’Église catholique a pu faire basculer dans la Contre-révolution une partie de la noblesse qui militait pour des réformes des institutions et de l’administration de la France avant 1789.   

Pour tous publics Quelques illustrations

Note globale :


LE COMTE DE SANOIS (1723-1799) : une vie bouleversée par l'affaire de la lettre de cachet - Hélène Claire RICHARD LE COMTE DE SANOIS (1723-1799) : une vie bouleversée par l'affaire de la lettre de cachet - Hélène Claire RICHARD
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Jeanne Marie au Marché de la poésie à Paris

marché de la poésie


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